Vuelvo al suR

Un año en Buenos Aires. Blog d'un étudiant français en année de mobilité à l'Université du Salvador en Argentine.

30.10.07

"Félicitations ! Vous êtes l'heureux gagnant..."

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Ce week-end, nous étions invités à la maison de campagne d’une copine de la fac, étudiante en art. Enfin quand je dis «maison», entendez par-là «domaine», dont la famille est propriétaire depuis plusieurs générations et sur lequel elle exerce un pouvoir oligarchique qui s’étend à plusieurs kilomètres à la ronde.

img_1947Nous avons ainsi passé deux jours parmi la très haute bourgeoisie artistique et intellectuelle. La grand-mère règne en maîtresse. Elle a 82 ans mais paraît dix ans de moins, porte un survêtement de sport et des lunettes de soleil très épaisses. Une sorte de Cruella, si vous voulez, avec une hystérie et un snobisme particulièrement développés.
On croise aussi dans cette famille des artistes et des intellectuels. Une arrière grand-mère est fondatrice d’un salon littéraire (elle a d’ailleurs donné son nom à l’un des rayons dans la bibliothèque de l’Alliance Française de Buenos Aires) et l’un des autres membres de la famille, professeur à la New York University, a remporté le soit-disant prestigieux Prix Guggenheim. On arrête là la presentation des personnages, vous voyez le genre.

Être étranger et surtout français a grandement facilité notre insertion car notre culture véhicule auprès d’eux une certaine image de noblesse : celle de Paris ou de la province normande, chère à Proust, Corneille ou Hugo. La grand-mère et quelques autres savent parler notre langue, apprise au lycée français de Buenos Aires. Et puis, savoir jouer de la musique (particulièrement de l’accordéon) légitimise d’autant plus notre présence. Nous venons briser la monotonie de leurs existences rythmées par des rituels et des traditions qui les ennuyent probablement. On est des troubadours en quelque sorte, mais des troubadours de choix.

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Durant ce séjour, les clichés ont cottoyé les clichés. Le paysage fait partie de l’expérience. Derrière les grandes allées d’arbres et la palmeraie, piscine et cours de tennis sont ici la moindre des choses. Tout autour de la pelouse sur laquelle donne la maison principale, on trouve un chemin de croix, et même… une chapelle.
Avec son mobilier de grande qualité et ses peintures accrochées au mur, la décoration intérieure de la maison est raffinée au plus haut point. Chaque étagère, chaque bibelot est à sa place. Les chambres sont investies par cette odeur si particulière du pétrole qui apporte la chaleur lorsque le temps est au froid.

Il faut aussi compter avec les domestiques. La femme de ménage veille à la propreté constamment irréprochable des pièces, le cuisinier (avec son tablier blanc) s’occupe de préparer et de servir des repas raffinés, et l’écuyer prend soin de la vingtaine de chevaux possédés par la famille.

Au milieu de tout cela, tandis que nous veillons à ne pas commettre trop de bourdes dans nos comportements, nous sommes témoins de tous ces rituels et clichés qui nous semblent tout droit sortis d’un film d’époque.
En cela, le repas est un moment de la journée parmi les plus intéressants. Autour de chaque assiette, on compte deux fourchettes, deux couteaux, une cuiller, et une tranche de pain posée sur une coupelle à gauche des deux verres. Au moment de servir le repas, le cuisinier surgit de derrière un paravent et pose le plat sur un buffet, puis se retire de la pièce. Ensuite, chacun prend son assiette, et va se servir avec parcimonie. Il suffira de se relever si l’on a encore faim.
Le repas est court. On n’est pas ici pour parler, et dès que le dernier a terminé son assiette, tout le monde se lève et sort de la pièce. Attention à l’accent, aussi. Le « me llamo » à la sauce argentine bourgeoise ne se prononce pas « me chamo » comme c’est le cas dans la classe populaire, mais plutôt « me jamo » (« j » à la française). Pour appeler le cuisinier (notamment afin de débarrasser les assiettes avant le dessert), la grand-mère dispose bien sûr de sa petite clochette. D’ailleurs, lors du dîner du samedi soir, cette dernière critiquait la nourriture lorsque le cuisinier est arrivé sans trop prévenir afin de reprendre les assiettes. Du coup, la vieille a subitement changé de langue et s’est mise à continuer… en français ^^

A 19h, c’est l’heure du thé. On le prend dans la même pièce mais pas à la même table, avec toasts, beurre et miel. Tout a été préparé avec minutie, des couverts au choix du lustre à allumer. A mon avis, c’est à peine si les propriétaires connaissent l’emplacement des interrupteurs.

Puis, week-end électoral important oblige, un autre grand moment aura été le vote. Les filles de notre âge n’y connaissent absolument rien et leur « choix » se porte sur la candidate de la grand-mère qui viendra défendre au mieux les intérêts de la classe, ou, mieux dit, qui menacera le moins le patrimoine familial… Car ici, la politique de droite n’existe pas vraiment et on est obligé de voter à gauche d’une certaine manière.
Avec la grand-mère et la copine qui nous avait invité, nous avons rejoint en voiture l’école communale (ceinte de fils barbelés…). A l’intérieur, des militaires s’occupent du déroulement de la procédure. La grand-mère arrive en terrain conquis, elle parle à tout le monde, c’est la maîtresse des lieux.

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Le bâtiment est au milieu des champs, le long d’un chemin de terre de l’envergure d’une autoroute qui engendre un impressionnant nuage de poussière à chaque passage de véhicule. Nous sommes dans la pampa, une campagne qui n’a strictement rien à voir avec la cambrousse française mais s’apparente davantage à celle des Etats-Unis.

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Si je me suis attaché à décrire quelques aspects de ce que nous avons vécu, je dois dire que ce que nous retiendrons, c’est surtout toute la dimension véritablement onirique de notre séjour. Et j’emmerde les moustiques qui, malgré le spray, m’ont totalement massacré d’une quarantaine de piqûres. Pourquoi me choisir, moi ? Je veux bien admettre que mon hémoglobine est peut-être plus sucrée que la moyenne, mais ce n’est certainement pas une raison pour me sucer le sang de la sorte. Sales bêtes.

Il y a du ridicule et du ringard dans cette photo prise au bord de la piscine, mais pas que ça… et j'assume totalement :p

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Sinon, ça a fait 100 jours aujourd’hui.

Commentaires

c'est peut-etre une question bete mais... la piscine, vous en avez profite au moins ? me dis pas que vous vous etes pas baignes ? ^^

...impressionnant en tout cas comme description !

Posté par arthur, le 30.10.07
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les bourgeois c'est comme les cochons
plus ça devient vieux plus ça devient bête
les bourgeois c'est comme les cochons
plus ça devient vieux plus ça devient...

Posté par Colin, le 31.10.07
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arthur > Eh bien non, figure-toi...Non, nous ne nous sommes pas baignés, car l'eau n'était pas propre et "ils" n'auraient pas compris si on était rentré dans une piscine non entretenue. Enfin disons que ça aurait entretenu le mythe du Français sale.

Colin > ... con ! On ne leur a pas chanté celle-ci lol. On a préféré la Valse à 1000 temps et Vesoul ^^ (d'ailleurs j'ai horreur de tous ces flonflons, de la valse musette, et de l'accordéon !)... Sans oublier Yann Tiersen bien sûr. Mais rien ne vaut le Hard'acc ! jte ferai écouter un de ces 4 :p

Posté par Nicolas, le 31.10.07
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